Résultats – Perspectives

Au vu de ces nouveaux contextes, mieux connaître et comprendre les formes et les modes de travail en réseau permettra d’améliorer qualitativement la formation des futurs professionnels aux enjeux qui y sont liés. Les pratiques de réseaux et de coordinations pluridisciplinaires sont encore peu explicitées au sein des formations sociales et paramédicales. L’émergence de cours spécifiques et interdisciplinaires dans certains départements de médecine générale et infirmier montrent l’intérêt grandissant des apprenants pour ces nouveaux modes d’intervention.

A moyen terme, elle pourrait également être à la base de la création d’un certificat interdisciplinaire spécifique dans le cadre de la formation continue. Des modules de formation sous forme de séminaires d’analyse des pratiques pourront ainsi être créés (ex : analyse des pratiques de réseau en santé et contexte social).

A long terme, elle pourrait permettre une amélioration des fonctionnements en réseau d’aides et de soins tant du point de vue de professionnels que des usagers. Une meilleure compréhension des enjeux relatifs à ce type de fonctionnement donnerait davantage de place aux usagers dans les prises de décisions. Elle pourrait favoriser une meilleure visibilité dans les modes d’applications et de réalisation des réseaux et permettrait éventuellement une meilleure répartition des budgets alloués dans ce type d’action. Les acteurs de premières lignes seront ainsi valorisés par leurs savoirs reconnus et validés par un ensemble d’acteurs.rices, praticien.es, professionnel.les, chercheur.es etenseignant.es.

La recherche permettra également aux bénéficiaires de l’aide et du soins d’être davantage reconnu comme acteur dans son quotidien. Ce qui est encouragé auprès de l’aidant , c’est de comprendre les raisons pour lesquelles le bénéficiaire choisit ou non d’adhérer à ce qui est envisagé.

Sur les plans politiques, culturels et sociaux, un des enjeux de la recherche est de tenter de proposer un “vocabulaire réseau” et des “repères éthiques et méthodologiques” qui puissent outiller les professionnels dans leur agir pratique et réflexif. Une orientation assumée des chercheuses est de dégager progressivement des outils de “coopération conflictuelle respectueux des positions institutionnelles et de l’autonomie de chacun des professionnels” (versus modes de gestion managériale) (Franssen, de Coninck, Cartuyvels, Vignes & Van Campenhoudt, 2007). Actuellement, la littérature dominante sur les pratiques de réseau semble particulièrement marquée par une rationalité gestionnaire univoque laissant trop peu de place au dissensus et donc au caractère politique des modalités de liens entre professionnels dans des configurations interdisciplinaires. Les impasses d’une rationalité gestionnaire ont pourtant été démontrées (phénomène de la patate chaude, processus de déresponsabilisation en cascade, …). Ceci pousse les partenaires à développer des pratiques délibératives plus respectueuses du conflit comme modalité de lien social entre professionnels d’une part et entre professionnels et usagers d’autre part.

L’ancrage éthique et méthodologique de la recherche intéresse nombre de fédérations de professionnels (Maisons médicales, Centres de services sociaux, RéLIAN, Santé mentale, …) mais surtout l’ensemble des professionnels des secteurs sociaux et paramédicaux concernés par les pratiques de réseau et touchés par les tensions et paradoxes que ces pratiques peuvent susciter. Dans le contexte actuel de la crise sanitaire du Covid-19, il est important de s’interroger également sur les qualités de telles pratiques dans la gestion des risques et des crises. L’importance de l’imbrication entre l’hôpital et le domicile, le soin et l’accompagnement social n’est plus à démontrer, aujourd’hui (Degavre, 2020). Les possibilités d’une prise en charge plus décloisonnée et non hiérarchisée permettraient davantage de cohérence dans les suivis des trajectoires de soins des patients vulnérables. De nombreuses questions éthiques et pratiques sont encore en suspens et mériteraient d’ailleurs une réflexion conjointe entre secteur sanitaire et social. En ce qui concerne les questions éthiques, Franssen, de Coninck, Cartuyvels, Vignes & Van Campenhoudt (2007) établissent un lien entre ”politiques de réduction des risques“ et ”phénomène de déresponsabilisation en cascade”. Ils en appellent à des ”dispositifs de discussion“ permettant aux acteurs de ”prendre des risques plutôt que de les éviter”.

En donnant une plus grande place aux bénéficiares dans les réseaux, les professionnels postulent qu’ils augmenteront le pouvoir d’agir de ceux-ci dans leurs divers contacts avec les partenaires des réseaux de l’aide et de soins.